Un billet écrit par Stéphane Huët sur 26, rue du Labrador.

Taxis jaunes et noirs de Dakar, Sénégal (Crédit photo : Stéphane Huët)

Taxis jaunes et noirs de Dakar, Sénégal (Crédit photo : Stéphane Huët)

Ah… Dakar et ses taxis jaunes et noirs. S’ils ne sont pas aussi efficaces que leurs cousins new-yorkais, ils sont aussi emblématiques.

Florian a déjà parlé des conversations absurdes qu’on peut avoir avec les taxis de Yaoundé. Le même kongosseur a aussi déjà évoqué le symptôme du taxi dakarois dans l’émission de l’Atelier des médias dédié aux Mondoblogueurs – il en parlera aussi sur son blog. Avant d’étaler mon étude poussée sur le sujet, je ne ferai qu’effleurer cette fameuse soirée où nous avons joué à « Où est Charly ? » dans Dakar.
La soirée avait pourtant bien commencée : à l’Institut français de Dakar, c’est enregistrement de l’émission L’Afrique Enchantée dans laquelle les Mondoblogueurs sont à l’honneur, les petits canapés circulent et la Flag est gratuite.

Une soirée s’improvise pour fêter le départ de la moitié de la délégation de Kremlin-Bicêtre, partenaire de la formation. Il paraît que le Charly est un bar sympa. « Ambiance locale », assure une Toubab. On vérifie l’adresse sur la nouvelle application Ndakaru, fraîchement lancée ce soir même.
C’est une dizaine de Mondoblogdakarois, fatigués qui se motivent pour sortir. Une voiture ne suffira pas. Un taxi s’arrête. Le chauffeur (appelons-le Abdou) ne connaît pas le Charly. La 3G en roaming indique que c’est route Ngor, vers l’aéroport. « Oui, je connais », dit Abdou. La moitié du groupe entre dans la voiture pour aller chercher un autre taxi à un carrefour où il y a du passage. On le trouve. Son chauffeur (appelons-le Gérard) ne sait pas non plus où est Charly.
On demande à Abdou de suivre son collègue qui va chercher nos amis pour s’assurer que le groupe reste ensemble, un minimum. Mais non.
C’est ainsi que nous nous élançons sur la route de l’aéroport pour tenter de rejoindre Charly. Sur notre route, pas de bar, ni autre lieu animé. Abdou ralentit. Il hésite. On lui montre le plan GoogleMaps pour l’aider, mais ça le perturbe.
De leur côté, nos amis galèrent aussi. Gérard se gratte la tête. « Lui-là, s’il se gratte la tête, c’est que les affaires ne sont pas bonnes même », s’exclame Khaofi.
Nous ne trouverons jamais Charly.

« Les taxis-là, ils savent où est Dakar. Mais c’est tout », nous dit l’ami Cyriac le lendemain. Je constate que plusieurs Mondoblogueurs ont eu affaire à des taxis dakarois non-aguerris. Ça ne peut pas être vrai : les taxis dakarois doivent connaître leur ville. Il faut creuser ça.

Jeudi 11 avril, je suis sur la Corniche de Dakar et j’arrête un taxi pour aller à l’Institut français. Il me propose 3000 F CFA. Faty, notre collègue dakaroise m’a déjà prévenu que la course coûte 1 500F CFA. Je fais le fier : « Je connais Dakar ». Dans quelques minutes, je vais regretter ce coup de bluff.
C’est Ibrahima qui me conduit. Il m’explique qu’il double le prix de la course pour les touristes, « parce que les Toubabs ont beaucoup d’argent » pour justifier le premier prix qu’il m’a proposé. Ibrahima me rappelle étrangement les taxis nosybéens.

Après quelques mètres, il arrive à un croisement avec une interdiction de tourner à gauche. On dirait qu’il ne s’y attendait pas. « Est-ce que vous connaissez Dakar même ? » Sourire et marmonnement qui sont supposés me rassurer. Il essaie une autre route et arrive à un croisement avec la même interdiction de tourner. Ibrahima insiste. Je me comprends qu’il va prendre l’autoroute en sens interdit.

« Ce n’est pas dangereux ça ?
– Oui, mais si je dois faire tout le tour, on perd du temps. Et je sais éviter les voitures ».
Ouais.

Ibrahima raconte qu’il est chauffeur de taxi depuis sept mois. C’est l’heure du test.
« Ibrahim, savez-vous où se trouve Le Charly ?
– Non.
– Bein, il faudrait. Parce que les Toubabs voudront sûrement y aller », lui conseille-je.

Je relate à Ibrahima quelques aventures que les Mondoblogdakarois ont vécues avec ses collègues. Je lui demande pourquoi les taxis de Dakar disent qu’ils connaissent l’endroit où l’on veut aller, alors qu’en fait, ils ne le savent pas où ça se trouve ? « Mais si toi tu rentres dans la voiture, tu sais où tu vas ». OK.
Le même doute de Ngor surgit :
« Mais, vous savez où se trouve l’Institut français, n’est-ce pas ?
– Mais toi tu sais. Tu as dit que tu connais Dakar », répond Ibrahima poliment.

C’est parti pour un tour dans le centre-ville de Dakar. Il tourne et retourne dans la ville. Je profite pour découvrir. Ibrahima s’arrête deux fois pour demander à des piétons où se trouve l’Institut français et fait de grand mouvement de la tête de gauche à droite pour chercher les repères qu’on lui a donnés.

Il s’arrête une troisième fois :
« Institut français ?
– Centre Culturel français ?
– Non, Institut français !
– Institut Centre Culturel français ?
– Oui ».

Je ne comprends pas l’explication en wolof, mais je ne suis pas convaincu. D’ailleurs, il s’arrête une quatrième fois pour interpeller un piéton. Je me permets de demander s’il a bien compris. « Oui oui, assure-t-il, c’est quelque part à droite ».
Finalement, c’est moi qui lui montre le panneau « Institut français ». En s’arrêtant, il voit mon magnétophone et me demande si je suis journaliste. Je réponds à l’affirmative pour couper court.

« Quelle radio ?
– RFI, toujours pour couper court (je rêve).
– RFI 92.0 ?
– Oui.
– À quelle heure ça passe ?
– Je ne sais pas encore. Merci au revoir ».

Quelques minutes plus tard, lorsque je sors des bureaux de la Délégation Wallonie-Bruxelles de Dakar, Diouf, un chauffeur de taxi m’interpelle.

« Je vais à l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Vous voyez où c’est ? » Il répond un « oui » hésitant. Cette fois je dois être à l’heure, je préfère prendre toutes mes précautions cette fois.

– C’est le campus numérique, vers la corniche.
– À côté de l’université ?
– Oui, l’université Cheick Anta Diop.
– À côté de l’ambassade du Brésil, non ?
– Oui ! C’est ça ».

Pendant le trajet, je sors de mon sac l’album Tintin – Le secret de la Licorne qui vient d’être traduit en wolof.
« Ah, mais c’est toi que j’ai vu à la télé pour présenter le Tintin-là !
– Non, ce n’est pas possible.
– Oui, oui, c’est toi.
– Non, franchement, je ne suis pas du tout impliqué dedans.
– Mais arrête, insiste-t-il ».
J’arrête.

On parle un peu. Diouf est taxi depuis 2004. Il connaît Dakar « très bien même ». Vraiment ?
« Est-ce que vous savez où se trouve le bar Charly ?
– Charliiiie ?
– Oui.
– Le bar ?
– Oui.
– Ça me dit quelque chose. Charly… Charly… C’est où encore ? J’ai vu quelque part je pense. Charly, Charly… J’ai vu, mais j’ai oublié où c’est.
– À Ngor. Vous connaissez ?
– Bien sûr ! Hmmm… Je connais bien, mais j’oublie parfois les noms ».

Diouf met peu de temps pour arriver à l’AUF, alors je ferme les yeux sur Charly. Il me donne sa carte de visite, me montre qu’il a un tampon et un carnet de reçus pour pouvoir faire des factures si besoin. Avant de descendre je demande si je peux le prendre en photo. Il pose devant sa voiture. J’ai ma photo, je le remercie. Il me demande si je suis journaliste. Je coupe court, une fois de plus. « Tu vois, je savais que c’était toi que j’avais vu à la télévision ! ».

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Raphaëlle Constant

Raphaëlle Constant

Community manager pour Atelier des Médias et Mondoblog. Etudiante au Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes.
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